La réussite à tout prix ou le voyage pour le développement de son enfant ?

La réussite à tout prix ou le voyage pour le développement de son enfant ?

Faites-vous partie de ces parents obsédés par la réussite de leurs enfants ?

David W. Orr disait que « La planète n’a pas besoin de plus de gens qui réussissent. Mais elle a désespérément besoin de plus de faiseurs de paix, de guérisseurs, de restaurateurs, de conteurs d’histoires et d’amoureux de toutes sortes. Elle a besoin de gens de courage voulant se joindre au combat pour rendre le monde habitable et humain. Et ces qualités ont peu de choses à voir avec le succès tel que nous l’avons défini ».

How to get to Success_Crédit Celestine Chua_CC

How to get to Success_Crédit Celestine Chua_CC

En effet, depuis quand l’objectif central des parents est-il devenu la préparation de leurs enfants à la réussite? Ce paradigme dominant, qui dicte que tout acte de développement doit être jugé sur la seule base de savoir si l’enfant est bien dirigé vers une vie de réussite ou d’échec, incarne l’insécurité fondamentale de la culture capitaliste mondiale, avec sa fixation inflexible sur l’avenir et l’acquisition de richesses (1). Lorsque chaque acte est pensé avec un impact sur un avenir lointain à l’esprit, que devient le présent? Un enfant qui baigne dans l’angoisse ambiante qui entoure chaque choix ou activité trivial est un enfant anxieux, axé sur l’avenir de ses parents anxieux.

Rester toujours derrière chaque geste de son enfant est un énorme piège. Mais une fois que vous pensez avoir échappé au piège, l’objectif reste le même : mouler votre progéniture pour en faire des adultes prospères. Qu’un enfant veuille apprendre à faire du vélo ou de faire sa propre lessive, il est toujours regardé à travers le prisme binaire limité à ce qu’il deviendra à l’âge adulte, soit quelqu’un qui a réussi soit quelqu’un qui cherche encore sa voie. La question qui se profile n’est pas « Est-ce que mon enfant est heureux?», Mais «est-ce que mon enfant est un futur ministre prêt à sauver l’environnement, ou un futur bon-a-rien prêt à regarder son cinquième épisode de » House of Cards « d’affilé?

Success_Cr.Neil Turner_CC

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Au lieu de laisser les enfants expérimenter et apprendre par leurs erreurs, ces parents planent là où ils ne sont pas recherchés ou les bienvenus, jusqu’à accompagner leurs enfants lors de sorties scolaires. Pris dans cette course à l’entrée dans les meilleures écoles (au classement toujours douteux) comme un tout-ou-rien. Préoccupée par les effets d’un relevé de notes en dessous des attentes, les parents font les devoirs de leurs enfants, écrivent à leur place ou modifient le développement leur dissertations, envoient des questions incendiaires aux enseignants, embauchent des profs très couteux. Même après l’obtention de leur diplôme, la folie continue. Certains parents font la tournée des écoles supérieures, siégeant en tant que porte-parole pour leurs enfants timides et passifs, et envoi même des CV à des employeurs potentiels, parfois à l’insu de leurs enfants. Ces comportements donnent lieu à des enfants moulés et dépendants, restreignant leurs possibilités et leur imagination. Les rêves sont en réalité souvent entourés de paramètres, de conditions et de limites dans lesquelles les enfants sont autorisés à circuler – avec une enfance checklistée comme voie de réussite, tel un prince qu’on prépare à la succession du roi.

« Certaines études suggèrent que les enfants qui subissent cette sur-parentalité sont moins ouverts aux nouvelles idées et prennent moins satisfaction dans la vie. Le message derrière cette étude est le même : Les enfants doivent de se libérer de cette laisse constante. Ils ont besoin d’essayer, voir par eux-mêmes, même d’échouer. Et quand ils échouent et se tournent vers un parent pour les soutenir, ils ont besoin d’entendre ces mots, « Tu dois comprendre cela par toi-même ! »

A contrario, lorsque les parents rient et profitent du moment, mais aussi enseignent les fondamentaux, comme les conseils de Luqman à son fils(2), la satisfaction du travail dur, quand ils écoutent de près mais aussi donnent l’espace aux enfants pour devenir ce qu’ils veulent, ils se retrouvent avec des enfants qui savent faire des choix difficiles, résoudre des problèmes et savourer les moments présents. En d’autres termes, ils leur donnent juste la possibilité de vivre et profiter de chaque instant comme il se doit, puisque leur subsistance est assurée (3).

Espoir de Liberté_Cr.Wall in Palestine_CC

Espoir de Liberté_Cr.Wall in Palestine_CC

Ne faut-il pas plutôt privilégier le voyage comme source d’apprentissage?

Un voyage n’a certainement pas pour objectif la fabrication de souvenirs. Même lorsque vous partez avec un enfant qui «risque de ne pas s’en souvenir» ça ne sera jamais un gaspillage de temps ou d’argent.

Les enfants sont impressionnés par les animaux du zoo ou de la ferme. Les rencontres d’autres enfants créent des sentiments. La grande variété d’aliments qu’ils mangent développe le plaisir de manger. Toutes ces expériences sont essentielles à leur développement. Ils ne s’en souviendront peut-être pas ou peu. On ne le sait pas, mais on le fera quand même !

Après tout, en voyage, on fait quoi? On touche, on goûte, on découvre, on explore, on expérimente. Il y a de l’eau, de la terre, de la végétation, du sable, des animaux, des gens, des couleurs, de la nourriture, et beaucoup de diversité dans la création divine. On se souvient de certaines choses, on en oublie beaucoup d’autres ! En tout cas nous sommes près d’eux, en tout temps, assurons une certaine découverte du monde qui les entoure, socialisons et apprenons avec eux. Alors lisez, parlez, bougez, permettez-leur de toucher, d’explorer, d’expérimenter.

Child alone snowing_Cr.F.de Villamil_CC

Child alone snowing_Cr.F.de Villamil_CC

On ne pourra pas non plus s’empêcher de lire le monde à travers les yeux de l’enfant, que voit-il ? Que comprend-t-il ? Que va-t-il faire ? Va-t-il se souvenir de quelque chose ? Nous essayons de le cheminer vers la bonne compréhension, du moins, via notre grille de lecture biaisée, de ce monde.

 

Bref, nous voyagerons tous avec un enfant « même s’il ne s’en souviendra pas » :

  1. Pour la proximité. Parce qu’en voyage, les besoins du tout-petit sont naturellement comblés. Proximité, confiance, sécurité. En tout temps, il est près de ses parents et ceux-ci ont le temps de l’accompagner, de répondre à ses besoins, de lui apporter ce contact si nécessaire dans les premières années d’un voyageur de ce monde.
  1. Pour le développement des liens familiaux.Ce qui me parait très importante c’est le lien, cette grande amitié que l’on va tisser avec son enfant. L’enfant ne se souviendra peut-être pas du voyage, mais ces moments partagés avec ses parents, leur disponibilité, la joie qu’il lit sur leur visage, etc… C’est tout ce temps précieux, cette attention particulière que l’enfant va garder « en mémoire » et ça ne peut que l’aider à grandir et s’épanouir sereinement. Et puis les superbes souvenirs, les parents, eux, ils les ont!!! Les expressions de son enfant devant un paysage nouveau ou d’un animal qui le fixe du regard, ça n’a pas de prix.
  1. Pour l’expérience.Les enfants sont très stimulés, curieux, plus intéressé par les choses nouvelles. Il n’ont pas peur de bouger, ils aiment qu’on leur donne des responsabilités… et n’hésitent pas à aller vers les autres, même avec la barrière de la langue. Toute expérience, gardée en mémoire ou non, contribue au développement de l’enfant. Pourquoi s’en priver?
  1. Parce qu’on aime voyager. C’est aussi simple que ça. On voyage. On fait des enfants. On continue de voyager. Et les enfants suivent. Point final. On les intègre à notre vie, nos activités, nos aventures. Voyager avec un enfant permet aussi de tisser d’autres liens avec les habitants. On en a fait l’expérience la première fois que nous avons voyagé avec notre bébé de 18 mois. Le contact est beaucoup plus facile. Les habitants sont attirés, veulent le toucher, le prendre dans leur bras. Bref si vous aimez voyager n’hésitez pas à partager cela avec votre enfant car c’est aussi une partie de vous que vous exposez aux autres, et cela donne nécessairement une approche différente avec les locaux.
  1. Pour enrichir nos histoires. Certes, je ne me souviens quasiment de rien de tout ce que j’ai pu voir quand j’étais enfant, mais lorsque je retourne sur ces lieux avec mes yeux d’adulte, j’ai l’impression de revivre un moment qui était enfoui très loin dans ma mémoire. J’ai l’impression de redécouvrir quelque chose que j’ai découvert avec mes yeux naïfs, il y a de cela 25 ans ou plus. Mais aussi, voyager quand on est un enfant imprègne en nous dès le plus jeune âge cette passion du voyage et cette envie de découvrir le monde. Je trouve ça génial d’avoir su, tout jeune, ce qu’était la pauvreté, ce qu’était la richesse, Par exemple, je me rappelle quand je voyais des hommes accompagnés de leurs enfants très jeunes au Maroc, pour aller pêcher au filet très tôt le matin, ou des fillettes aller chercher de l’eau à des kilomètres du village. Même à cet âge, j’apprenais à prendre conscience de la chance que j’avais de vivre dans une maison avec un robinet qu’il fallait simplement tourner pour que l’eau chaude coule à flot, de la nourriture en abondance, du temps libre pour jouer, une école à proximité, tout pour être plus heureux. Je crois que voyager avec ses enfants, c’est leur donner une conscience qu’ils n’auraient pas autrement, et de leur donner la chance de vivre quelque chose qu’ils se rappelleront toute leur vie, même s’ils ne se rappellent que de quelques détails.

 

Et vous, voyagerez-vous avec un enfant même s’il n’en  gardera que peu ou pas de souvenirs?

 

 

Notes :

(1) « Sachez que la vie présente n’est que jeu, amusement, vaine parure, une course à l’orgueil entre vous et une rivalité dans l’acquisition des richesses et des enfants ». (Coran Sourate 57, verset 20).

(2) Fondamentaux enseignés par Luqman à son fils : « O mon enfant accomplis la prière, commande le convenable, interdis le blâmable et endure ce qui t’arrive avec patience. Telle est la résolution à prendre dans toute entreprise! » (Coran Sourate 31, verset 17)

(3) « (…) c’est Nous qui attribuons leur subsistance, tout comme à vous ». (Coran Sourate 17, verset 31).

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