Voyager devrait être une prescription pour tous, pour 9 raisons

Voyager devrait être une prescription pour tous, pour 9 raisons

 1. Une tradition

De nombreux prophètes ont embarqué sur des voyages impressionnants qui ont transformé leur caractère et renforcé leur détermination intérieure. Beaucoup d’années de formation du Prophète (pbsl*) ont été passées en voyageant avec les caravanes de marchandises. Ces voyages ont plus tard eu un impact profond sur sa personnalité, sa capacité à respecter la différence et faire preuve d’empathie envers les autres cultures.

Le Prophète Moïse entrepris également de nombreux voyages (1) :

Le premier voyage dès sa naissance : Sur ordre de Dieu, sa mère le posa dans un panier qu’elle jeta à la rivière afin d’éviter sa mise à mort par les soldats de Pharaon. Le panier voyagea sur les eaux du Nil, passant inaperçu et s’arrêta net devant le palais de Pharaon, où Moise allait finalement grandir.

Le deuxième voyage vers Madyan : Moise prit la fuite après avoir tué un égyptien du clan de Pharaon en voulant secourir un israélite. Il marcha plusieurs jours à travers le désert, en direction de Madyan, situé entre l’Égypte et la Syrie.

Le troisième voyage c’est le retour en Egypte avec sa famille. C’est dans l’obscurité de la nuit et par un froid glacial de ce désert aride qu’il finit par se perdre. Il était loin de se douter qu’il allait participer à l’une des conversations les plus extraordinaires de l’histoire de l’humanité. C’est Dieu Lui-même qui lui donna pour mission de se rendre auprès de Pharaon.

Le quatrième voyage correspond à la fuite d’Egypte avec le peuple d’Israël à travers la mer qui se scinda pour laisser place à un chemin sec pour traverser sans crainte.

Enfin le voyage le plus célèbre est sans doute le voyage aux côtés d’Al-Khidr pour apprendre un savoir que Moïse ignorait (Coran – Sourate 18 – Al Kahf, verset 64-82).

La Grande Pyramide et le Sphynx_Egypte_CR.S J Pinkney

(١) La Grande Pyramide et le Sphynx_Egypte

2. Liberté et Spiritualité

« Soyez dans ce monde comme si vous étiez un étranger ou un voyageur sur un chemin»,

Ce fameux hadith du Prophète (pbsl*) invite, quiconque embrasse l’islam, à se détacher du monde matériel, et à se comporter comme un voyageur. La sagesse derrière cela est biensur la formation de l’âme, l’encourager au détachement de la dunya (monde matériel), qu’il faut rendre «étrange» à l’esprit, et ainsi développer une meilleure appréciation de l’au-delà. Après sa crise spirituelle, le grand théologien Abu Hamid Muhammad ibn Muhammad al Ghazali (2) – souvent surnommé «Hujjat al-islâm» la «Preuve de l’Islam» – a entrepris un tel voyage. Il était convaincu que « ce à quoi ses prédécesseurs étaient parvenus n’était pas affaire de savoir appris, mais d’expérience intime, d’état de conscience, et de transformation du caractère ». Il quittait Bagdad vers la fin de l’année 1095 pour une retraite qui devait durer 10 ans. Il passa une longue période à Damas, puis un passage à Jérusalem et Mecca avant de retourner dans sa ville natale Tûs, en Iran. Ce grand homme de sagesse a ouvert la voie de la profondeur et de l’intériorité à de nombreuses générations : “En résumé, celui dont l’œil intérieur n’est pas ouvert ne perçoit de la religion que l’écorce et l’apparence, non le fond et la réalité.” On comprend pourquoi le message d’al-Ghazâlî n’a toujours rien perdu de son authenticité.

 

3. Vivre quelque chose de nouveau

Au travers des voyages nous arrivons à mieux connaître Dieu. C’est en effet en s’éloignant de l’agitation des villes qu’on peut vivre les moments les plus spirituels, en contemplant une chaîne de montagnes, un désert, une forêt, un lac, ou même juste l’humanité qui suit son court à travers sa renaissance quotidienne. Voyager rend ce qui nous est familier inconnu et ce qui nous est inconnu familier, et ce faisant nous arrivons à mieux apprécier la création divine. De nombreux versets du Coran nous invitent à la méditation. Réfléchir sur ce qui a été créé sur la terre et dans les cieux : Y-a-t-il meilleure façon de le faire que par le biais du voyage?

Ce monde est un endroit extraordinaire plein d’expériences étonnantes. Ne pas profiter de certaines de ces expériences tant que nous sommes dans ce bas monde me parait être une si grande perte. Surtout à une époque où voyager est devenu si peu onéreux et parfois-même une façon de gagner sa vie. Il ne reste que peu d’excuses pour ne pas aller voir ce qui se passe derrière notre « petit monde ». Ceux qui ne le font pas ne verront jamais un lever de soleil sur le Mont Blanc ou les chef-d’œuvre antique d’hommes bien plus forts (3) qui ont peuplé cette planète ; ils ne pourront pas écouter le silence d’une merveille de la nature comme le désert du Sahara; ils ne seront pas goûter la douceur d’un carambole, ce fruit en forme d’étoile fraîchement secoué de son arbre par les enfants du village bangladais (4).

Maroc_Désert_Cr.Acquimat4

(٢) Traversée du désert

4. Se Connaitre

Si le sujet du bac de philo était « connait-toi toi-même » (Socrates), la meilleur façon de réviser aurait été un tour du monde en solo.

Discutez avec quelqu’un qui a «voyagé», en particulier les voyageurs en solo, et vous serez époustouflé par leur self-confidence, la confiance qu’ils ont en eux-mêmes, leur ouverture d’esprit et combien ils semblent se connaître. Voyager vous rend meilleur, parce qu’il vous fait sortir de votre zone de confort et vous force à poser une multitude de questions sur vous-même : Qui vous êtes ? Où êtes-vous? Où allez-vous ? Pourquoi ? Le voyage vous soumets à votre propre examen, sans les attentes de la société. Ceux qui ont fait cela vous diront que rien n’est plus libérateur que d’avoir à se focaliser uniquement ses propres attentes. Sachez que cela peut être effrayant la première fois de réaliser soudainement qu’en réalité vous n’avez que peu d’attentes de vous-même.

 

5. Apprécier ce que vous avez

Nous prenons toujours nos parents, frères, sœurs et notre foyer pour acquis, mais passons quelques mois sur la route, loin de leur présence, puis revenons goûter à la cuisine de maman ou écouter les vieilles blagues autrefois ennuyeuses papa. Voyez si votre sœur est toujours aussi pénible que vous le pensiez ou votre frère aîné comme dominateur comme il paraissait. «L’absence rend le cœur plus affectueux » disait Eleanor Roosevelt, mais ce que cela signifie vraiment c’est que vous vous rendez enfin compte de la miséricorde dont Dieu vous a comblé et de l’affection qu’Il a mis entre vous (5) . Car comme le Ramadan nous fais apprécier le goût d’une datte, retrouver sa famille après des mois d’absence a aussi un goût très apprécié et nous rapproche davantage.

 

6. Regain de foi en l’humanité

Un jour, je vais écrire un livre sur la bonté des étrangers que j’ai croisé au-cours de mes voyages, une découverte pour ceux qui sont également nés dans un «monde» où il semblait difficile de faire confiance à l’autre. Comme nombre d’entre vous, c’est vraiment le voyage qui a regagné ma foi en l’humanité. Des omanais qui à chaque fois nous ont accompagné sur la route et ceux qui nous ont offert leur numéro de téléphone en cas de problème, à l’homme d’affaire Turc à Kayseri qui s’arrêta avec son associé pour nous déposer à l’hôtel, à tous ces malaisiens qui prenaient soin de notre bébé pendant qu’on dinait ou voyageait en bus. J’ai eu de belles rencontres avec des étrangers partout et j’ai réalisé que les gens sont vraiment d’une gentillesse incroyable. Vivre en région parisienne, c’était difficile à imaginer. C’était en réalité moi-même qui était étrange, et non ceux que j’ai rencontré. Je sais maintenant que la grande majorité des êtres humains dans ce monde sont des gens bienveillants, merveilleux et respectueux – l’incarnation même de ce que cela signifie d’être «humain». Les voyages élargissent les horizons d’une personne et lui ouvrent le cœur et l’esprit aux différences, mais aussi aux similitudes entre les divers peuples de la terre.  Dieu dit, dans le Coran :

« Ô hommes!  Nous vous avons créés d’un mâle et d’une femelle, et Nous avons fait de vous des nations et des tribus, afin que vous fassiez connaissance entre vous. » (Coran, Sourate 49, Verset 13)

Men Chatting_ Provincia de Salta, Iruya, Argentina_CR.Chris Ford

(٣) Deux hommes en pleine discussion sur la place d’Iruya, Provincia de Salta, Argentine

 

7. Fin de l’ignorance , place à l’humilité

Rien n’écarte mieux l’ignorance que les expériences de la vie réelle. Dans un monde de plus en plus mondialisé, saturé par les médias, il est si facile de s’asseoir sur un côté du globe et de juger les gens qui le composent. Avec l’utilisation de la vidéo, des articles de presse et des photos, notre arrogance nous pousse à croire que nous savons tout d’un peuple ou d’un endroit juste par la façon dont les médias les représente. Pourtant, le sens même de «médias» révèle quelque chose qui est au centre de la réalité et qui en donne une simple représentation biaisée.  Ce n’est surement pas la réalité. Voyager à des endroits que nous pensions connaitre est la meilleure façon s’en rendre compte, parce que cela nous enseigne à quel point nous pouvons nous tromper et révèle notre ignorance. Voyager nous démontre qu’en réalité nous ne connaissons que très peu de choses et que notre vision du monde est tronquée. D’où vient cela ? De cette vision binaire du monde enseignée dans les manuels scolaires d’histoire-géographie : la fameuse limite Nord / Sud. Cette ligne, construction historique de la fin du XXème siècle, instaure une vision binaire du monde, les pays riches au Nord et les pays pauvres au Sud, qui est aujourd’hui largement dépassée mais qui n’en est pourtant pas moins toujours abondamment utilisée (6).

 

8. Comprendre l’histoire de l’islam

Il y a tellement de lieux qui retracent la civilisation musulmane qui attendent d’être découverts par les voyageurs. Des mosquées anciennes, des madrassas, des musés, des centres culturels,…surtout en voyageant à des endroits importants dans l’histoire de l’islam, que ce soit en Arabie, dans le golfe persique, en Andalousie ou au Maghreb, nous nous rapprochons de nos racines, de notre passé et de notre patrimoine. Car c’est seulement en sachant d’où on vient, que nous pouvons vraiment connaitre la destination de notre voyage. On comprend également mieux comment le message porté par le Prophète (pbsl) a pu parcourir le temps et l’espace et surtout comment ce message , dans toute son authenticité, a pu atteindre les endroits les plus reculés du monde, même après son départ (pbsl).

Uzbekistan 2007 038 Khiva from Islam Khodja Ensemble Minaret_CR.David Holt

(٤) La mosquée Islam Khodja à Khiva,Uzbekistan

 

9. Partager votre plume

Je vous propose d’échanger en commentaire, dans la rubrique ci-dessous, la neuvième raison. Il est très important pour nous tous de savoir ce qui vous pousse à voyager. Merci d’avance.

 

 

Notes

  • Pbsl* : Paix et bénédiction sur lui
  • (1)La vie de Moïse est relatée dans les détails dans plusieurs sourates du Coran, nottamment les Sourates 20 – « Ta-Ha » et Sourate 28 « Al-Qassas »
  • (2) Voir Al Ghazali, l’Alchimiste du bonheur
  • (3) Citation Coran : Ne parcourent-ils pas la terre, pour voir ce qu’il est advenu de ceux qui ont vécu avant eux? Ils étaient [pourtant] plus forts qu’eux et ont laissé sur terre bien plus de vestiges (…). (Sourate 40 – Ghafir, Verset 21).
  • (6) En effet, cette représentation a commencé au XVIème siècle avec l’irruption des Européens en Amérique. Après la Seconde Guerre mondiale, dans le contexte politique de la décolonisation, on emploie alors les termes de « pays développés » et « pays sous-développés ». L’idée corollaire de l’utilisation de ce dernier couple était de dire : « nous avons tous été des sociétés pauvres. Mais nous avons peu à peu franchi des étapes et sommes devenus développés. C’est le progrès ». L’emploi de ce couple de termes nous plaçait dans une conception évolutionniste du monde (même chose pour des concepts tels que la transition démographique). Bien évidemment, cette conception de la géographie mondiale est très européo-centrée, ce qui se manifeste sur les planisphères par le fait que l’Europe est placée au centre. Elle s’inscrit en tout cas dans une vision toujours occidentalo-centrée du monde.
  • Pourquoi, malgré leur richesses, les pays situé de l’Orient sont classés pays du sud. Les Européens ont pensé le monde à partir du XVIIIème en pensant simultanément le temps et l’espace. A cette époque, ils pensaient que, quand on s’éloignait de l’Europe, on remontait le temps. Les peuples les plus éloignés de l’Europe sont les plus primitifs et sont des témoins de l’histoire (avec l’idée qu’ils sont ce que nous, Européens, avons été à une époque antérieure). Les Européens veulent se distinguer mais ne savent pas « quoi faire » des Persans, des Turcs, des Chinois… ceux-ci deviennent alors « l’Orient ». Eux ne peuvent tout-de-même pas être classés dans les pays sous-développés. On crée alors une géographie intermédiaire. On peut noter au passage que les musées de France montrent bien la conception évolutionniste qui a prévalu très longtemps : le Louvre présente les collections les plus anciennes, le musée d’Orsay prend le relais, puis c’est au tour de Beaubourg. Le musée du Quai Branly ou musée des arts et des civilisations d’Afrique, d’Asie. http://cafe-geo.net/nord-sud-une-representation-depassee-de-la-mondialisation/

 

 

Photos:

(١) La Grande Pyramide et le Sphynx_Egypte_CR.S J Pinkney_Flickr_CC

(٢) Traversée du désert_Cr.Acquimat_Flickr_CC

(٣) Deux hommes en pleine discussion sur la place d’Iruya, Provincia de Salta, Argentine_CR. Chris Ford_Flickr_CC

(٤) La mosquée Islam Khodja à Khiva,Uzbekistan_CR.David Holt_Flickr_CC

 

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